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Qu'importe, puisque tout est grâce. "
Bernanos, Journal d'un curé de campagne
Sur
le chemin difficile de la ferveur, le troisième album de Philippe Léotard
s'ouvre en plénitude sur une pièce fantomatique, rugueuse et sans âge,
soutenue par de bouleversants chœurs corses.
Voici livrée, dans sa main ouverte, une poignée de chansons d'exil intérieur,
semées d'étourdissements légers, drapées de la pudeur et de l'indécence
des innocents… Chronique d'un désabusé bienveillant, capable de nous faire
passer d'un tango languissant à un reggae indolent avec une légèreté que
seule la jeunesse de cœur permet… Fil ténu, fil d'Ariane où il sera question
de chair, de claques salutaires, de fugaces amours, de vérités arrachées
et surtout, d'une vie qui bat dans chaque tempo du pouls…Insaisissable
profondeur de l'être dont, selon Robert Wyatt, nous ne saisirons jamais
que l'écume.
C'est que derrière la nonchalance, se tient jamais très loin une distance
bienveillante, irrésistible de fanfaronnade et de morgue (Quinquagénaire,
Le pou se fout de tout, Faut que j'te cause), ou touchante, quand elle
se mue en slow-confidence épistolaire à sa fille (Papa, tu parles trop).
Et puis, miraculeusement, il y a le cadeau du comédien avec Bateau Ivre,
qui nous rappelle que ce même Philippe déclamait autrefois Les Chants
de Maldoror dans les bouges à racaille, parvenant à leur faire oublier
le texte pour l'émotion, fleuve les emportant tous comme statufiés dans
ses boues, effarés de cette rencontre…
Enfin,
mention spéciale pour la reprise de Zao " Ancien combattant ", dix minutes
de bonheur parfait et d'une actualité toujours désespérante, le tout aspiré
dans une spirale hypnotique de déhanchement " cadavéré " qui devrait tenir
la vedette de toute prochaine soirée dansante que l'on souhaite inoubliable.
Alors, parler de mélancolie, de spleen, d'un je-ne-sais-quoi de desengano
portugais ; dire que le nouvel album de Philippe Léotard est magnifiquement
serti de textes ciselés et de musiques inventives et délicates serait
bien peu. C'est un moment rare, fragile équilibre entre poésie et vérité,
désenchantement et jubilation, exercice de funambule dont on a rêvé, que
la vie nous a fait oublier et que l'un de nous, plus exigeant, plus fou,
plus amoureux, a gardé pour nous.
Merci,
jeune homme.
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